Le marché ivoirien du ciment, déjà saturé et hautement concurrentiel, s’apprête à connaître une nouvelle secousse. Après plusieurs années d’attente, Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, débarque enfin en Côte d’Ivoire avec son groupe Dangote Cement. Un mastodonte de l’industrie qui ambitionne de redistribuer les cartes face aux poids lourds déjà installés : Lafarge Holcim, Cim Ivoire, Cimaf ou encore BigCim.

Une usine géante près d’Abidjan
Le 5 août dernier, Dangote a officialisé son implantation en Côte d’Ivoire avec une usine de broyage située à Attingué, dans la zone industrielle d’Abidjan.
Capacité annoncée : 3 millions de tonnes par an. Montant de l’investissement : 250 millions de dollars.
La mise en service est prévue pour fin 2025.
Un pari audacieux dans un pays où la consommation annuelle de ciment tourne autour de 7 millions de tonnes, alors que la capacité installée dépasse déjà 16 millions de tonnes. Avec l’arrivée du groupe nigérian, la capacité théorique atteindra 19 millions de tonnes, soit près du triple de la demande.
Un marché saturé mais stratégique
Si les industriels existants peinent à écouler toute leur production, Dangote mise sur deux atouts majeurs :
- la puissance logistique de son groupe panafricain, présent dans 10 pays,
- la qualité de ses produits qui pourraient séduire les grands chantiers ivoiriens.
D’autant que le gouvernement ivoirien a lancé un plan ambitieux : 25 000 logements à construire pour réduire un déficit estimé à 800 000 maisons. Sans oublier les grands travaux d’infrastructures (routes, ports, zones industrielles) qui consomment d’énormes volumes de ciment.
La riposte des concurrents
Les cimentiers déjà présents ne comptent pas se laisser faire :
- Cim Ivoire (Cim Metal Group, Burkina Faso) : 2,5 millions de tonnes de capacité, déjà en rivalité avec Dangote à Lomé.
- Lafarge Holcim (Suisse, dirigé en Côte d’Ivoire par Rachid Yoursy) : 2 millions de tonnes, dont 1,2 vendues chaque année. Le groupe a annoncé 4 milliards FCFA d’investissements dans un nouveau silo de stockage.
- Cimaf (Maroc, groupe Addoha) : solidement implanté en Afrique de l’Ouest, prêt à défendre ses parts.
- BigCim (Atlantic Group de Bernard Koné Dossongui) : un acteur local ambitieux qui entend rivaliser avec les multinationales.
- Diamond Cement (Inde) : déjà très présent en Afrique de l’Ouest.
Autant dire que la guerre s’annonce féroce, même si les prix sont encadrés par le gouvernement pour éviter toute flambée ou dumping excessif.
Un secteur en pleine mutation
Selon plusieurs experts, l’arrivée de Dangote Cement va forcer les acteurs historiques à innover et améliorer leur efficacité.
Un ancien collaborateur du groupe confie :
« Dangote est imprévisible. Il a les moyens financiers et logistiques de rebattre les cartes. Soit il s’aligne sur les pratiques actuelles, soit il impose son propre rythme. Dans ce cas, certains concurrents risquent de disparaître. »
Parallèlement, de nouveaux entrants se préparent déjà : un consortium local et un groupe chinois seraient en discussion pour installer de nouvelles usines.
En Côte d’Ivoire, le ciment n’est pas qu’une question de construction, c’est un enjeu économique et stratégique. Avec l’arrivée de Dangote, l’ère de la simple compétition nationale est révolue : c’est désormais une bataille régionale qui se joue, à coups de milliards, d’usines et de stratégies logistiques.
La guerre du ciment ivoirien ne fait que commencer, et elle pourrait bien transformer durablement le paysage industriel du pays.































