Quelques jours après avoir dévoilé son ambitieux « plan de redressement » visant à renflouer les caisses de l’État de près de 6 000 milliards de francs CFA en trois ans, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a lancé une nouvelle offensive politique. Cette fois, sa cible est claire : les hauts fonctionnaires au train de vie jugé « indécent » et que, selon lui, leur salaire ne saurait justifier.
« On ne devient pas milliardaire en étant fonctionnaire. Pourtant, ce phénomène s’est banalisé ces dernières années », a martelé le leader du Pastef lors de la cérémonie de réception de l’Agenda national de transformation du service public, au Centre international de conférences Abdou-Diouf (Cicad) de Diamniadio. Sans citer de noms, Sonko a dénoncé « l’étalage de richesses » de certains cadres de l’administration, comparables, selon lui, à des hommes d’affaires ayant fait fortune dans des secteurs privés lucratifs.
Le chef du gouvernement a interrogé, non sans ironie : « Comment un fonctionnaire peut-il être multimillionnaire ou milliardaire dans ce pays ? » Il a rappelé que son propre salaire s’élève à environ 4 millions de francs CFA, contre 5 millions pour le président Bassirou Diomaye Faye.
Réformes et lois en préparation
Cette sortie s’inscrit dans une série de réformes portées par les nouvelles autorités depuis l’alternance politique de mars 2024. Le 30 juillet, plusieurs projets de loi ont été adoptés en conseil des ministres, dont la création d’un Office national de lutte contre la corruption, appelé à remplacer l’Ofnac. D’autres textes visent à protéger les lanceurs d’alerte et à renforcer l’obligation de déclaration de patrimoine pour les responsables publics : hauts fonctionnaires, dirigeants d’entreprises publiques, élus et agents d’administrations sensibles.
Ces nouvelles dispositions prévoient des délais stricts, des sanctions en cas de manquement et des mécanismes de contrôle destinés à prévenir les conflits d’intérêts et l’enrichissement illicite.
Des poursuites déjà engagées
Depuis leur arrivée au pouvoir, les autorités ont enclenché plusieurs procédures judiciaires contre d’anciens dignitaires du régime de Macky Sall. Cinq anciens ministres Mansour Faye, Aïssatou Sophie Gladima, Moustapha Diop, Salimata Diop Dieng et Ismaïla Madior Fall sont poursuivis devant la Haute Cour de justice pour des détournements présumés de milliards de francs CFA.
D’autres figures politiques, comme Lat Diop, ex-ministre des Sports, ou l’ancien député Farba Ngom, sont actuellement en détention provisoire pour des accusations de blanchiment, escroquerie et détournement de fonds publics.
Pour Ousmane Sonko, la lutte est autant morale que politique : « La corruption est une gangrène qui existe partout. Mais statistiquement, elle prévaut davantage dans les pays sous-développés. » Avec son plan « Jubbanti Koom » et sa volonté affichée de « reddition des comptes », le Premier ministre entend faire de la transparence et de l’intégrité des piliers de son action gouvernementale.































