Depuis l’élection surprise de Bassirou Diomaye Faye à la présidence du Sénégal en mars 2024, une question ne cesse d’alimenter les débats, aussi bien dans les cercles politiques que dans la rue : qui détient réellement les rênes du pouvoir ? Le président élu ou son Premier ministre charismatique, Ousmane Sonko?
Car derrière l’image de cohésion affichée par le duo, de nombreuses voix s’interrogent sur le véritable centre de gravité du pouvoir sénégalais.
Une élection… sur fond d’invalidation
Rappel des faits : écarté de la course présidentielle pour des raisons judiciaires, Ousmane Sonko, leader du parti PASTEF, a adoubé son fidèle compagnon de route, Diomaye Faye, pour porter leur projet commun. Le peuple a suivi. Mais depuis la victoire, une question dérangeante reste sans réponse claire : Diomaye Faye est-il président par conviction populaire… ou par procuration ?
Un schéma à la Poutine-Medvedev ?
La comparaison avec la Russie entre 2008 et 2012 est inévitable. À l’époque, Vladimir Poutine, contraint par la Constitution, avait laissé la présidence à Dmitri Medvedev, tout en conservant les leviers de pouvoir comme Premier ministre. Un passage de témoin apparent, mais un contrôle réel.
Aujourd’hui, certains analystes et observateurs politiques estiment que Sonko tire les ficelles au sommet de l’État sénégalais. Il occupe le poste stratégique de Premier ministre, multiplie les sorties médiatiques musclées, et reste la figure populaire et révolutionnaire du régime. Face à lui, un président certes élu, mais souvent plus effacé, presque technocrate dans la posture.
Silences, symboles et suspicions
Plusieurs indices alimentent cette impression :
- Les grandes annonces politiques ou les messages forts à la nation sont souvent portés par Sonko lui-même, reléguant Diomaye à un rôle plus institutionnel.
- Les décisions économiques et les arbitrages sensibles semblent venir de la Primature, pas du Palais.
- Sur la scène internationale, certains diplomates confient en privé « ne pas savoir à qui parler réellement ».
Un ancien ministre, resté anonyme, va plus loin : « Le projet, le discours, la dynamique… tout vient de Sonko. Diomaye est dans une posture de loyauté, mais il n’imprime pas encore sa marque. »
Une cohabitation explosive à venir ?
Pour l’instant, le tandem tient bon. Les discours sont calibrés, les apparences sauvegardées. Mais pour combien de temps ? Si Diomaye Faye décide un jour d’exister pleinement comme président autonome, le risque d’un **clash politique latent pourrait émerger. Et si Sonko décide de revenir au premier plan électoralement, que deviendra Diomaye ?
La Constitution sénégalaise est claire sur la répartition des rôles. Mais la pratique du pouvoir, elle, reste floue. Entre loyauté personnelle, poids politique, et stratégie d’influence, la cohabitation PASTEFienne pourrait vite se transformer en duel à huis clos.
Une question simple, une réponse complexe :
Qui dirige le Sénégal aujourd’hui ?
Officiellement, c’est le président Diomaye Faye.
Politiquement, l’ombre d’Ousmane Sonko est partout.
































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