Le 22 septembre dernier, Abdou Khadr Seck, un enfant de 8 ans inscrit dans une école coranique (daara) à Koungheul, dans le centre du Sénégal, a succombé à des violences répétées. Battu et privé de nourriture, son calvaire n’a été révélé que grâce à une autopsie réalisée in extremis et à une tribune publiée dans la presse locale. Ce drame a choqué l’opinion publique et relancé un débat longtemps étouffé sur les mauvais traitements infligés à certains enfants talibés.

Une pratique encore trop répandue
Dans de nombreux daaras traditionnels, les enfants vivent dans des conditions précaires, parfois sans hygiène ni encadrement adéquat. Certains maîtres coraniques abusent de leur autorité, usant de violences physiques ou les forçant à mendier pour subvenir aux besoins de l’école. Si de nombreux marabouts respectent leur vocation éducative, des cas d’abus persistent, souvent tolérés au nom de la tradition religieuse.
Une indignation collective
La Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) a fermement condamné cet acte qualifié de « torture ». Elle appelle à une mobilisation nationale pour briser le silence autour des violences faites aux enfants. De son côté, l’Association pour la protection des droits humains exige des poursuites judiciaires contre le maître coranique et réclame des réformes urgentes.
Des réformes attendues depuis des années
Face à cette tragédie, plusieurs voix s’élèvent pour rappeler l’urgence de réformes longtemps promises. Deux projets clés sont dans l’impasse :
- Le Code de l’enfant, adopté en Conseil des ministres en 2018, qui renforcerait le cadre légal de la protection des mineurs, n’a toujours pas été voté par l’Assemblée nationale.
- La loi sur le statut des daaras, qui vise à réglementer le fonctionnement de ces écoles, reste elle aussi en suspens, faute de consensus politique et religieux.
Une responsabilité collective
Ce drame met en lumière l’inertie de l’État face à une situation connue de longue date. Mais la responsabilité est aussi sociétale. Trop souvent, la maltraitance est banalisée ou dissimulée sous le couvert de l’éducation religieuse. Une prise de conscience s’impose à tous les niveaux : parents, autorités religieuses, institutions publiques et société civile.
La mort d’Abdou Khadr Seck ne doit pas rester un simple fait divers. Elle doit être le catalyseur d’une réforme en profondeur du système éducatif traditionnel. Car aucun enfant, sous aucun prétexte, ne devrait mourir pour avoir voulu apprendre le Coran.































