Située à la lisière de la frontière libérienne, Toulepleu est aujourd’hui reconnue comme un bastion de la culture Wê (Guéré). Cependant, derrière l’apparente homogénéité actuelle se cache une mosaïque historique marquée par des migrations, des conquêtes et des récits de guerres tribales qui redéfinissent l’origine de la cité.
Une fondation Yacouba ?
Selon certaines traditions orales, l’implantation initiale de la zone de Toulepleu reviendrait au peuple Yacouba (Dan). Dans cette lecture de l’histoire, la localité n’était pas seulement un point de passage, mais un établissement Yacouba avant que les dynamiques de pressions migratoires et de conflits territoriaux ne fassent basculer la région sous contrôle Guéré.
L’étymologie même du nom « Toulepleu » fait souvent l’objet de débats entre linguistes et anciens, certains y voyant des racines liées aux mouvements des populations Dan vers le sud.
La « Guerre des Braves » et la conquête territoriale
Le passage de Toulepleu des mains Yacouba aux mains Wê ne s’est pas fait sans heurts. L’histoire de l’Ouest ivoirien est ponctuée de récits de guerriers redoutables. À une époque où la terre se gagnait par le fer, les conflits pour le contrôle des sources d’eau et des forêts giboyeuses étaient fréquents.
L’existence de sources d’eau aux noms évocateurs, comme celle mentionnée dans les récits villageois servant à laver les dépouilles des adversaires témoigne de la violence des anciens rituels de guerre. Ces pratiques, bien que terrifiantes aujourd’hui, s’inscrivaient dans une logique de domination totale et d’appropriation de la force de l’ennemi.
Un héritage partagé malgré les cicatrices
Aujourd’hui, Toulepleu est le chef-lieu des Guéré du Grand Ouest, mais les traces du passé Yacouba subsistent dans :
Certains lieux-dits conservent des sonorités Dan. Les « alliances à plaisanterie » (Toukpê) entre Yacouba et Wê sont souvent le fruit de ces siècles de cohabitation, parfois forcée, parfois pacifique.
L’histoire de Toulepleu rappelle que les frontières ethniques en Côte d’Ivoire sont fluides. Si le présent est résolument Wê, le sol de Toulepleu garde en lui l’écho des guerriers Yacouba. Reconnaître cette dualité, c’est accepter la complexité d’une identité régionale forgée dans le sang, mais unie par une géographie commune.































