Retour sur le parcours d’un artiste complet qui a façonné les plus grands succès de la musique ivoirienne tout en restant, malgré lui, dans les coulisses de la gloire.
Une carrière entre « douleur » et « échec »
Dès les premières minutes de l’entretien, le ton est donné. Interrogé sur le bilan de son parcours, Vetcho Lolas ne mâche pas ses mots : il parle de « douleur ». Pour celui qui a tout donné à la musique ivoirienne, voir sa situation actuelle est difficile à accepter. Il va même jusqu’à qualifier sa carrière de « véritable échec » , expliquant avoir participé à l’écriture de l’histoire du Coupé-Décalé sans jamais en récolter les fruits financiers ou la reconnaissance méritée.
L’architecte sonore des hits ivoiriens
Le point le plus frappant de son témoignage est l’étendue de sa contribution aux succès des autres. Vetcho Lolas affirme avoir prêté sa voix, ses textes ou son génie de compositeur à de nombreux piliers du mouvement :
Abou Nidal : Il révèle être la voix derrière la célèbre partie chantée de « La chaussure qui parle » . Franky Dicaprio : Il revendique la création de la mélodie principale du hit « Fatigué » , une collaboration dont il garde un souvenir amer suite au comportement de l’artiste après le succès.
La nouvelle génération : Il a accompagné les débuts de Baby Philip (qu’il a hébergé et formé à l’arrangement et de Serge Beynaud.
DJ Arafat & Debordo Leekunfa : Il souligne son influence majeure, notamment avec feu Eskelly, sur l’évolution du Coupé-Décalé, introduisant les « roulades » et les « blocages » qui font l’identité du genre aujourd’hui .
La blessure de l’ingratitude
Pourquoi Vetcho Lolas est-il souvent perçu comme « aigri » sur les réseaux sociaux ? L’artiste répond qu’il est simplement « véridique » . Il déplore que certains artistes, une fois devenus des stars grâce à ses idées, l’aient ignoré, voire méprisé. Il raconte notamment comment DJ Lewis aurait cassé son CD devant lui au Vélodrome, une humiliation qui l’a marqué à vie .
De la rue de Yopougon à l’Opéra en Allemagne
Malgré ces cicatrices, une nouvelle page lumineuse s’est ouverte pour lui grâce à Monica Gintersdorfer. Loin des polémiques d’Abidjan, Vetcho Lolas s’est réinventé en Europe. Il collabore désormais avec l’Orchestre National d’Allemagne et se produit sur des scènes d’Opéra .
« En Occident, on regarde le talent », confie-t-il. Cette collaboration lui permet non seulement de vivre dignement de son art, mais aussi de prouver sa polyvalence, passant du Coupé-Décalé pur à des registres vocaux beaucoup plus complexes.
Un message d’espoir et de pardon
Malgré les trahisons passées, Vetcho Lolas affirme avoir pardonné à tous . Il reste ce « fils de Yopougon » attaché à sa famille, notamment à son père, Victor Bian, ancien percussionniste de renom .
Aujourd’hui, il ne demande qu’une chose aux Ivoiriens : de l’amour. Son histoire n’est pas celle d’un artiste fini, mais celle d’un créateur dont le talent, trop longtemps sous-estimé chez lui, brille désormais sous d’autres cieux.
Regardez l’interview complète ici :































