La déclaration de candidature d’Ahoua Don Mello à l’élection présidentielle d’octobre 2025 n’est pas un simple acte politique. Elle soulève une question fondamentale : peut-il incarner une alternative crédible à Laurent Gbagbo, son mentor historique, au sein du Parti des Peuples Africains Côte d’Ivoire (PPA-CI) ?
Une candidature née d’un vide stratégique
Laurent Gbagbo, désigné candidat officiel du PPA-CI en mai 2024, reste inéligible en raison de sa condamnation dans l’affaire de la BCEAO. Malgré une grâce présidentielle, ses droits civiques n’ont pas été rétablis. Face à cette impasse juridique, Don Mello propose une « candidature de précaution », pour éviter que le parti ne soit absent du scrutin.
Mais cette initiative a provoqué une onde de choc. Plusieurs cadres proches de Don Mello ont été exclus du parti, et Gbagbo lui-même a refusé toute alternative à sa propre candidature. Le PPA-CI se retrouve ainsi divisé entre fidélité au leader historique et nécessité de s’adapter aux réalités électorales.
Don Mello : héritier ou dissident ?
Ancien ministre, ex-DG du BNETD, et vice-président du PPA-CI chargé du panafricanisme, Don Mello possède une stature politique et intellectuelle reconnue. Il est également représentant des BRICS pour l’Afrique centrale et occidentale, ce qui lui confère une aura internationale.
Sa démarche se veut inclusive : il a engagé des discussions avec Simone Gbagbo, Affi N’Guessan, Mamadou Koulibaly, et Blé Goudé, dans l’espoir de rassembler la gauche souverainiste autour d’un projet commun. Mais sans l’onction explicite de Gbagbo, sa légitimité reste fragile.
Gbagbo, figure tutélaire et verrou politique
Malgré son inéligibilité, Laurent Gbagbo demeure une figure centrale de l’opposition ivoirienne. Son charisme, son histoire, et sa base militante dans l’ouest et le sud du pays lui confèrent une autorité morale difficile à concurrencer.
Son refus de céder la place ou d’adouber un successeur, même temporaire, révèle une volonté de contrôle absolu sur l’appareil du PPA-CI. Cette posture, bien que compréhensible au regard de son parcours, pourrait freiner le renouvellement du parti et compromettre sa participation effective à l’élection.
Une bataille de légitimité
Don Mello ne cherche pas à affronter Gbagbo, mais à préserver l’influence du PPA-CI dans un contexte électoral tendu. Il affirme que si Gbagbo est réintégré sur les listes, il retirera sa candidature. En attendant, il incarne une tentative de transition, un pari sur la maturité politique du parti.
Mais cette stratégie reste risquée. Sans soutien officiel, et face à une direction hostile, Don Mello pourrait être perçu comme un dissident, voire un traître par une partie de la base militante. À l’inverse, il pourrait aussi séduire ceux qui souhaitent tourner la page et construire une opposition plus pragmatique.
Don Mello fait le poids sur le plan intellectuel, diplomatique et organisationnel. Mais face à l’ombre imposante de Gbagbo, il lui manque encore l’adhésion populaire et l’aval symbolique. Sa candidature est un test grandeur nature : celui de savoir si le PPA-CI peut survivre à son fondateur, ou s’il est condamné à l’immobilisme.































